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mardi 26 avril 2022

mardi 19 octobre 2021

mercredi 6 octobre 2021

SQUID GAME

                                              






1. RELATIVITÉ D’ESCHER + LA MURALLA ROJA DE RICARDO BOFILL, DANS TOUTE LA SÉRIE SQUID GAMES

  • Degré de spoil : zéro

« Relativité » est une lithographie réalisée par l’artiste néerlandais, M. C. Escher. Dans cette œuvre, les lois de la gravité ne s’appliquent pas. Les protagonistes présents sont impersonnels, car leur visage n’est pas représenté et ils possèdent tous la même carrure.

Relativité par Escher // Source : Le Potager Littéraire

Ici, le lien avec Squid Game est facile à faire. Afin d’accéder aux terrains de jeu, les joueurs doivent passer dans ces escaliers, où il nous est impossible de les situer clairement. Aussi, les gardes ayant tous la même combinaison, avec uniquement une forme différente sur leur masque (pourquoi, d’ailleurs ?) sont très difficiles à différencier, tout comme les personnages de l’œuvre d’Escher.

Source : Capture Netflix

Le décor de ces escaliers rappelle aussi La Muralla Roja de Ricardo Bofill, un complexe postmoderne d’appartements situé en Espagne au sommet d’une falaise surplombant la mer Méditerranée.

Bofill utilise la couleur comme quelque chose de « fonctionnel », selon ses propos rapportés que l’on peut lire sur le site carnets-traverse. Le rouge «  accentue le contraste avec le paysage ». Le bleu, l’indigo et le violet produisent «  un effet de fusion optique » avec le ciel et la mer.

La Muralla Roja de Ricardo Bofill // Source : world architects

Dans les décors de Squid Game, les couleurs qui se rapprochent de celle de Bofill procurent en effet une plus grande illusion de l’espace, rendant difficile de suivre les personnages lors des scènes dans les escaliers. Le design géométrique et épais rappelle autant l’architecture de Bofill que des meubles pour enfants.

De plus, de nombreux films y ont été tournés, par exemple The Hunger Games de Gary Ross… Il ne serait donc pas surprenant que ce lieu soit remonté aux oreilles de Hwang Dong-hyeok, le créateur de la série.

2. LE CRI DE MUNCH, DANS L’ÉPISODE 1

  • Degré de spoil : zéro

Le Cri est une œuvre expressionniste de l’artiste norvégien Edvard Munch. Elle symbolise l’homme moderne emporté par une crise d’angoisse existentielle, inspirée d’une crise que l’artiste raconte dans son journal :

« Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d’un coup le ciel devint rouge sang. Je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j’y restai, tremblant d’anxiété — je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers et qui déchirait la nature. »

Le Cri de Munch // Source : Wikimédia

Cette description correspond très bien à cette scène de l’épisode 1, où cette participante se prend un giclée de sang au visage et réalise que l’élimination d’un joueur annonce sa mort. S’ensuit un mouvement de panique (puis, un massacre), qui peut s’apparenter à la crise d’angoisse que représente le tableau de Munch.

Source : Capture Netflix

De plus, dans la crise d’angoisse ayant donné naissance à cette peinture, Munch fait allusion au sang et au fond, qu’on peut retrouver dans cette manche de Squid Game par la mort et les coups de feu.

3. LE BAL SURRÉALISTE DE ROTHSCHILD, DANS L’ÉPISODE 7 DE SQUID GAMES

  • Degré de spoil : léger

Le 12 décembre 1972, dans le château de Ferrières, les domestiques habillés en chat se démenaient pour accueillir et servir les hôtes de Marie-Hélène de Rothschild, eux aussi déguisés de manière surprenante. Sans pour autant tous les citer, on y retrouvait une grande partie du gratin riche du Paris de l’époque, comme Audrey Hepburn, Brigitte Bardot, Serge Gainsbourg, Yves Saint Laurent ou encore Dali.

Le Bal surréaliste de Rothschild // Source : The Rake

Voici le Bal surréaliste de M.H. Rothshild, qui a inspiré le film Eyes Wide Shut. Comme vous pouvez le voir, l’hôte (à droite) était habillée de bleu, avec un long masque en forme de tête de cerf qui pleure des larmes de diamants.

Est-ce que ce bal et cette tenue auraient inspiré la création des masques d’animaux des VIP ? Car dans la série aussi, nous comprenons assez vite que les VIP font partie de la classe supérieure. Ils sont riches et ont besoin de s’amuser dans un cadre plutôt surprenant, comme les invités du bal de Rothschild. De plus, alors qu’ils observent le jeu du pont, ils sont aussi dans un décor surréaliste, représentant une jungle, avec des serveurs masqués et des femmes servant de meubles, rappelant l’ambiance du Bal surréaliste.

Source : Capture Netflix

4. DINNER PARTY DE JUDY CHICAGO, DANS L’ÉPISODE 8

  • Degré de spoil : élevé

The Dinner Party est considérée comme la première œuvre féministe « épique ». Elle se présente sous une installation triangulaire composée de 39 tables à manger dressées.

Chaque table est attribuée à des personnages mythologiques et des personnalités historiques de diverses époques et de divers domaines, toutes des femmes. Leur nom est brodé à chaque place et Judy leur a attribué des images ou des symboles qui les représentent, comme une serviette, des ustensiles de cuisine, un verre ou un gobelet et une assiette. Certains accessoires sont en forme de papillon ou de fleur, symboles vulvaires.

Dinner Party de Judy Chicago // Source : Brooklyn Museum

Judy Chicago a réalisé cette installation dans le but de « mettre fin au cycle continuel d’omissions par lequel les femmes sont absentes des archives de l’Histoire ». Il est donc cocasse de retrouver cette même table triangulaire dans cette scène de l’épisode 8 de la série. En effet, la joueuse 067 est assise avec les joueurs 456 et 218, mais elle est en position de faiblesse face à eux. Alors qu’elle se vide discrètement de son sang, les deux hommes dégustent leur repas ainsi que le vin offert par les organisateurs.

Source : Capture Netflix

067 sera une de ces femmes absentes des archives de l’Histoire, remplacée par des hommes qui auront eu un avantage sur elle. De plus, comme on peut le voir dans la référence au Bal surréaliste, les femmes sont considérées comme des objets, alors que les hommes prennent toute la place. Bien souvent dans le jeu, les hommes se plaignent de ne pas vouloir de femmes dans leur équipe, car elles seraient plus faibles qu’eux et risqueraient donc de les faire perdre, réduisant ainsi la gente féminine à de fragiles petites choses incapables de se battre.

5. LA CRÉATION D’ADAM PAR MICHEL-ANGE, DANS L’ÉPISODE 9

  • Degré de spoil : élevé

La Création d’Adam représente la naissance de l’Adam biblique, selon le passage correspondant dans le Livre de la Genèse : « Dieu créa l’homme à son image ».

La Création d’Adam par Michel-Ange // Source : Wikimédia

Le bras droit de Dieu porte la vie et se dirige vers Adam, étendu dans une pose en miroir de Dieu, rappelant que l’homme est créé à l’image de Dieu. Le contact imminent de Dieu avec Adam lui insufflera la vie et donnera vie à toute l’humanité. C’est donc la naissance de la race humaine.

Source : Capture Netflix

Dans cette scène du neuvième épisode de Squid Game, on peut imaginer que 456 est comme Dieu. Il tend sa main vers 218, lui offrant une chance de vivre. Sa main possède en quelque sorte cette étincelle de vie illustrée dans la fresque de Michel-Ange. En lui serrant la main, 218 aurait peut-être été doté du même altruisme que 456 et serait donc rené sous la forme d’un nouvel homme. Mais 218 choisit de se donner la mort, refusant la renaissance proposée par son adversaire.

vendredi 13 août 2021

samedi 5 décembre 2020

LE JEU DE LA DAME

 






Les parties d’échecs sont réelles

Il était très important pour Scott Frank et Allan Scott, les créateurs de la série, que les parties d’échecs soient réelles. Pour ce faire, ils ont consulté des experts du domaine, et ont fait notamment appel à Garry Kasparov, l'ancien champion du monde. Son objectif était que les mouvements des pions soient les plus cohérents possible à l’écran, afin d'être un maximum réaliste.

Ainsi, les parties de jeux d’échecs sont bien réelles car les acteurs ont mémorisé tous les mouvements avant de tourner les scènes.

https://biiinge.konbini.com/analyse/biiinge-dressing-jeu-de-la-dame-costumes-analyse-ehecs/



Les looks de Beth Harmon sont bien plus révélateurs que vous ne le pensez.

On ne leur prête pas autant d’attention qu’on le devrait, mais les costumes racontent pourtant une histoire dans l’histoire. S’ils savent se faire discrets au premier visionnage, c’est pour ne pas détourner notre attention du récit. Certains ont même des détails imperceptibles pour l’œil du spectateur ou de la spectatrice. Une minutie à dessein, puisque les tenues portées par les acteurs et actrices ne sont pas seulement pour notre regard, elles leur servent aussi à entrer dans le personnage, comme on enfilerait une seconde peau.

C’est ce qu’explique très bien Anya Taylor-Joy, l’interprète de Beth Harmon dans Le Jeu de la Dame sur Netflix. Lorsqu’elle a dû incarner son héroïne à différents stades de sa vie, les vêtements créés par la designeuse allemande Gabriele Binder ont joué un rôle essentiel :

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"Les costumes sont une aide considérable quand je dois me souvenir de l’âge qu’elle a. Quand vous les portez, vous le faites en pensant que c’est avec ça que votre personnage choisit chaque jour de couvrir son corps. Et pour moi, c’est très révélateur de son état d’esprit ou de ce qu’elle décide de clamer au monde. Le costume raconte beaucoup de choses."

Lorsque nous faisons la connaissance de Beth, ce jeune génie des échecs a vraisemblablement une gueule de bois carabinée. Alors qu’elle comatait dans son bain, elle se précipite à la porte de sa chambre d’hôtel où quelqu’un la prévient qu’elle est attendue. Elle s’habille en vitesse, attrape une paire de mocassins, et dévale les couloirs, se jette encore tout ébouriffée dans l’ascenseur, et déboule dans une pièce où les flashes des photographes crépitent et où bourdonnent les murmures d’hommes impatients. Beth est en retard pour le tournoi d’échecs de Paris. Mais pour vraiment savoir qui est Beth au moment de ce duel qu’elle a autant redouté qu’appelé de ses vœux, il faut revenir en arrière, à la fin des années 50.

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Elle a alors neuf ans et vient de réchapper, par miracle, d’un terrible accident de voiture qui a tué sa mère. Elle ne montre pas beaucoup d’émotions et se tient debout, dans sa robe de petite fille, son prénom brodé sur le cœur : Beth. Le vêtement nous donne donc une information essentielle pour bien commencer l’histoire. Durant les premières années de sa vie, l’enfant ne choisit évidemment pas ses tenues. Arrivée à l’orphelinat, c’est presque son identité qu’elle doit laisser de côté en revêtant l’uniforme, blanc et gris, signe de la perte de toute individualité. Sa singularité s’exprimera autrement, lorsqu’elle s’éclipse dans le sous-sol de l’établissement pour jouer aux échecs avec son mentor, l’homme à tout faire M. Shaibel.

Des années après, elle est adoptée par les Wheatley et doit de nouveau faire table rase. À l’école, Beth est moquée pour ses habits et ses chaussures, et montrée du doigt par les autres filles de l’école parce qu’elle est différente. Alma, l’épouse du couple, l’emmène alors faire du shopping. Pas de changement radical toutefois, mais un contraste plus affirmé : le col Claudine de la fillette devient pointu, et l’uniforme terne se transforme en robe d’écolière noire sur une chemise blanche. Un long manteau gris aux manches trop courtes viendra parfaire le look.

© Netflix

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Ce petit souci de taille n’est d’ailleurs peut-être pas anodin. Il semble être là pour nous rappeler que Beth, sous l’impulsion de la directrice de l’orphelinat, a menti sur son âge lors de la visite des Wheatley, sachant qu’elle avait plus de chance d’être adoptée si elle se rajeunissait un peu. Cette inadéquation entre l’âge qu’elle a et celui qu’elle est censée avoir se retrouve donc dans les manches trop justes de son nouveau pardessus. C’est en tout cas avec ce look (robe, chemise et gilet) qu’elle affrontera ses premiers adversaires en tournois. C’est également la première fois qu’elle porte du noir et du blanc, un contraste fort qui renvoie évidemment à l’échiquier. À la fin du deuxième épisode, elle montre pour la première fois un intérêt pour la mode en regardant avec envie une tenue sur un mannequin. C’est aussi la première chose qu’elle s’achète, ainsi qu’un jeu d’échecs qu’elle avait repéré plus tôt, avec son propre argent. Un vrai tournant dans la vie de la jeune Beth qui associe le jeu et la mode à une forme d’émancipation.

"En grandissant, le style de Beth change en fonction des expériences qu’elle rencontre et des voyages qu’elle fait. Au début, elle est influencée par Jean Seberg, Audrey Hepburn et Natalie Wood, entre autres" - Gabriele Binder dans Popsugar.

© Netflix

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Et puisqu’elle n’a pas beaucoup de sous, elle réutilise cette même robe aux motifs tartan, et au bustier cache-cœur, en la portant tantôt avec une chemise blanche, tantôt avec une blouse noire agrémentée d’une lavallière. Le noir et le blanc continuent d’être ses couleurs fétiche. Dans l’épisode 3, après avoir remporté plusieurs jeux, et tandis que sa mère adoptive lit ses louanges dans un journal, elle nous apparaît vêtue d’un haut lie-de-vin et d’une jupe, forcément noire, dont on devine la texture à petits carreaux. Pour la première fois, de jeunes fans lui réclament des autographes.

Un peu plus tard, au tournoi de Las Vegas, elle impressionne Townes dans une robe, toujours à petits carreaux, et toujours en noir et blanc. Mais surtout, sa frange stricte de petite fille a laissé place à une coiffure de jeune femme sophistiquée. Plus nous avançons dans les sixties, et plus le style vestimentaire de Beth s’affirme. Le clair-obscur et les damiers sont présents, de façon flagrante ou plus subtile, dans quasiment toutes ses tenues.

© Netflix

L’introduction de tons pastel vient parfois adoucir sa garde-robe, mais on revient toujours aux lignes droites et aux contrastes de l’échiquier. Ils se cachent parfois dans des détails à peine perceptibles, comme dans cette robe blanche qu’elle porte à Mexico et dont les boutons placés sur ses épaules présentent un quadrillage en leur cœur. On peut retrouver certains de ces costumes dans la magnifique exposition virtuelle du Brooklyn Museum qu’ils partagent avec ceux de The Crown. On regrette toutefois qu’elle n’offre pas la possibilité de zoomer sur certains détails.

À New York, elle s’inspire d’Edie Sedgwick et de la scène musicale du début des années 60. À Paris et Moscou, elle est déjà plus mature et ses influences viennent de la Nouvelle Vague française avec des icônes comme Romy Schneider et Juliette Gréco. Dans l’épisode 6, Beth est au plus mal. Elle affronte son adversaire le plus redoutable, Vasily Borgov, au tournoi de Paris. On la retrouve, comme elle nous avait été introduite dès la toute première séquence de la série, dans un état second. Elle lui fait face alors qu’elle souffre d’une terrible gueule de bois, et qu’elle a mélangé alcool et calmants. Elle porte une robe légère en crêpe inspirée par Pierre Cardin, dont la couleur vert-de-gris rappelle celle des gélules qu’elle ingurgite depuis son plus jeune âge.

© Netflix

Sa tenue trahit son état émotionnel et la renvoie à son addiction. Durant la partie, elle va descendre plusieurs litres d’eau à cause du stress et la de la gueule de bois. Plus que jamais auparavant, elle flanche totalement sous la pression. Un peu plus tard dans l’épisode, alors qu’elle émerge à peine de plusieurs jours d’excès, Beth apparaît avec un look qui tranche avec le reste : sa phase autodestructrice est marquée par un maquillage avant-gardiste, dont le trait d’eye-liner, radical, rappelle celui de l’actrice et mannequin Edie Sedgwick. De nouveau, elle porte cette couleur vert-de-gris, sous la forme d’un bonnet en laine cette fois. Le spectre de ses petites gélules ne l’a toujours pas quittée.

© Netflix

Heureusement, après la visite surprise de Jolene, son ancienne camarade de l’orphelinat, Beth se reprend en main. Quand on la retrouve à Moscou, elle enchaîne les tenues noires. C’est le tournoi de sa vie et face à tous ses grands maîtres d’échecs qu’elle vénère, elle veut se montrer conquérante. On la voit également arborer un sublime manteau écru et quadrillé de fines lignes noires que n’aurait pas renié le couturier André Courrèges. Beth est désormais une joueuse reconnue, et elle compte bien afficher sa confiance en elle. L’apothéose de sa réussite viendra dans le dernier épisode.

Son ultime tenue, celle de la victoire et du happy end, marque le moment où Beth est la plus heureuse. Elle a été imaginée par la designeuse Gabriele Binder pour donner à notre héroïne l’allure d’une championne. Sa silhouette blanche longiligne surmontée d’un bonnet à pompon rappelle sans équivoque celle de la fameuse pièce : la reine des échecs, c’est elle.